Terre plate et désidératas spécistes : avoir tort, ce n’est pas grave !

Alors, manger de la viande, et penser que la Terre est plate, c’est la même chose du point de vue intellectuel ? C’est effectivement ce que je vais tenter de démontrer ici. Enjoy !

Juste une définition en amont, un.e platiste est une personne considérant que la Terre est plate, que l’on nous ment, que l’on cherche à nous faire croire des choses qui sont fausses.

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En Véganie, c’est toujours compliqué de trouver les bons mots pour s’adresser à quelqu’un qui est spéciste. C’est parfois un inconnu à côté de qui on mange lors d’un un mariage, souvent un proche, et même des fois la personne avec qui on partage sa vie. Souvent, ces échanges ont lieu dans la vraie vie, et tout ça se retrouve déchaîné, libéré de toutes conséquences lorsqu’on bascule sur les réseaux sociaux.

Avant d’aller plus loin, Il faut bien comprendre qu’il n’existe pas de stratégie toute faite sur la manière de communiquer parfaite pour un.e végane. Bien souvent, dans les yeux de quelqu’un qui n’est pas végane, un.e antispéciste peut passer pour un.e champion.ne de la vertu, d’une personne qui aura raison, qui est dans le juste, et que tous les autres sont dans le faux, dans le mal.

Grosso modo, un.e antispéciste, aux yeux d’un.e mangeur.se d’animaux, c’est quelqu’un de moralisateur, et qui se prend pour un être supérieur, pour rabaisser, par principe, ceux qui ne sont pas dans « sa vision » de la vertu.

Il faut bien comprendre ici une chose, on y reviendra, mais posons le principe immédiatement :

Quand on se dit être antispéciste, on s’attaque à un système, pas à des gens.

Et c’est là que se trouve un principe basique de l’antispécisme. On s’en fiche profondément que Jean-Pascal dépense son argent pour s’acheter un steak. Par contre, nous ne pouvons plus occulter ce qu’il y a derrière ce steak, ni plus, ni moins qu’un animal tué et mis en boite.

On s’en moque du contenu de l’estomac de Michèle, notre collègue de bureau, nous n’allons pas l’empêcher de mettre la crème dans son café à la pause de 10h. Par contre, quand on voit ce petit pot de crème, nous nous dessinons automatiquement le parcours de ce produit.

C’est au système que l’on s’attaque, au système qui tue, qui exploite, qui viole, qui pille, et qui massacre, l’ensemble des êtres sensibles, humain.e.s comme non humain.e.s. Pas aux gens !

A l’inverse, on se prend systématiquement, comme un réflexe contingent à la consommation de produits issus de l’exploitation animale, des attaques ad hominem, comme « Allez, toi le bouffeur de tofu et d’herbe à vache, bon vent ! », ou j’en passe et des meilleures.

Mettons les choses à plat, au bout d’un moment, sur ce sujet, existe-il une « vérité vraie » sur des faits bien précis, est-ce que quelqu’un a raison, est-ce que quelqu’un à tort dans le débat de l’antispécisme vs le spécisme ?

Pour les flemmard.e.s : Oui.

L’antispécisme, en mettant les êtres vivants à égalité lorsqu’ils partagent les mêmes intérêts, présente une avancée morale significative.  Cela ne veut pas dire que si vous consommez des produits issus de l’exploitation d’un animal, vous êtes des êtres immondes, des mauvaises personnes, non et a aucun moment. Nous sommes toutes et tous des êtres conscients et responsables de nos actes. Et que vous le vouliez ou non, les sciences se fichent énormément de vos désidératas personnels, elles produisent des faits. Et ces faits montrent que nous devons nous diriger vers une conception du monde englobant les êtres sensibles dans notre sphère de considération. C’est tout, et ça se passe de jugement de savoir « si c’est pas bien d’avoir tort ».

Pour les non flemmard.e.s : Exerçons un petit peu notre esprit critique, et tentons de dissocier ensemble le manichéisme au fait d’avoir tort ou raison.

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Il faut déjà regarder la situation dans sa plus grande largeur, et surtout l’extraire du contexte dans lequel le débat est glissé :

Nous nous situons dans une société majoritairement spéciste, globalement riche, occidentale, avec de bonnes grosses racines chrétiennes dans les principes de société.

Actuellement, les véganes/antispécistes ne représentent qu’une minorité, grandissante, mais qui ne représente pas plus qu’un à deux pourcents de la population globale.

Cela agit en la défaveur des antispécistes, c’est la loi de la majorité, si 51% des gens pensent d’une certaine manière, cela, en plus d’être la norme, constitue un argument de poids dans la conviction : « Après tout, les gens ne sont pas des ignares, si la majorité pense ainsi, c’est que ça doit à peu près se passer comme ça ! ».

Grosso modo, le contexte n’est pas à l’avantage de l’antispécisme, car minoritaire, dans la société, dans l’économie, dans tout.

Ce qui connait une croissance exponentielle, ce n’est pas l’antispécisme, mais la mode consumériste des produits véganes. A notre plus grand bonheur, les produits véganes fleurissent partout, l’attrait de s’y faire de l’argent étant plus que flagrant à l’heure du marketing du tout healthy et du bio pour les industriels. Mais cela ne constitue pas forcément un début de changement !

En effet, la consommation de produits carnés ne diminue pas, le nombre d’animaux tués augmentent (cf rapport du LDC), et les réactions se font de plus en plus « viriles » à l’encontre de l’antispécisme.

Des contres manifestations à coup de barbecues sont organisés, certains militants antispécistes finissent aux urgences, et les chefs de file des différentes associations sont condamnés par la justice, d’une certaine manière, on se dit que « le combat n’en est qu’à une nouvelle étape ».

Vous sentez bien ici en lisant ces lignes qu’à aucun moment, j’y reviens et j’insiste, les antispécistes ne s’attaquent pas aux individus ! Nous nous attaquons à un modèle de société, à une organisation traditionnelle et séculaire de voir le monde. Un peu comme Copernic et Galilée s’attaquant à la Terre devant rester au centre de l’Univers, les antispécistes s’attaquent à la considération unilatérale que l’espèce humaine doit rester au-dessus des autres, et que par conséquent, elle doit jouir sans remord d’exploiter tout ce qui passe devant son nez.

Si vous consommez de la viande, des œufs, des produits laitiers ou autres et que vous êtes en train de lire ces lignes, prenez vraiment note de ces prochaines lignes :

Avoir tort, ce n’est pas grave !

Oui, malheureusement, si vous consommez des produits issus de l’exploitation des animaux, vous avez tort de penser que ces actes d’achats sont justifiables et bons d’un point de vue moral.

Oui, malheureusement, si vous consommez des produits issus de l’exploitation des animaux, vous cautionnez un système qui tue de manière illogique et infondée des milliards et des milliards d’individus.

Oui, malheureusement, si vous consommez des produits issus de l’exploitation des animaux, vous êtes co-responsable de la mort inutile et injuste d’êtres sensibles.

Oui, vous vous sentez certainement attaqué en lisant ces lignes, mais remémorez vous ce qui a été dit plus haut : on ne s’attaque pas à vous, mais au système que constitue notre société spéciste.

Des gens nés véganes, il n’y en a pratiquement pas. Presque tou.te.s les véganes ont déjà mangé des animaux et des produits issus des animaux ! Moi y compris, et j’ai même été de ceux qui jettent le discrédit par méconnaissance et par ignorance sur ceux qui mangeaient du tofu !

Et ce n’est pas parce qu’on a été converti par un gourou d’une secte bizarre pour élever nos chakras, ou bien que nous sommes rentrés en grave dépression, ou encore que nous sommes devenus subitement des détraqués mentaux que nous avons changé notre manière de consommer et d’appréhender le vivant.

C’est juste que nous avons admis que nous avions tort d’agir de la sorte, et qu’avoir tort, ce n’est pas grave ! A aucun moment ici je met ici une valeur de bien ou de mal. Avoir  tort ou avoir raison, ce n’est pas « bien » ou « mal ».

Avoir tort, c’est uniquement.. avoir tort et ça s’arrête là.

Pour beaucoup de véganes, cela a pris du temps. On y est allé petit à petit, par des transitions. Pour ma part, je suis devenu pesco-végétarien, puis végétarien, puis « flexitalien », puis végane, cela a pris un moment pour ma part. Et a l’heure actuelle, je considère d’ailleurs ces périodes de transition comme une erreur, et je pense vraiment avoir agi par paresse intellectuelle.

De toutes les façons, ce serait moralisateur de la part d’un végane de venir vers quelqu’un qui mange de la viande et de l’insulter, de le traiter de merde, de moins que rien, de nazi ou de je ne sais quoi. Et à mon plus grand regret, je suis sûr que ce genre d’énergumène doit bien exister sur cette planète de diversité, et ce gugus, j’ai certainement dû l’incarner dans le passé.

Vous m’avez, j’espère, bien compris : personne n’est parfait, même le 1er antispéciste de la première heure !

Même moi quand je m’en prends aux chasseurs, on peut par flemme et par une lecture partiale et partielle considérer que cela n’est que mépris et insultes. Mais ce n’est pas contre les individus que je lutte, c’est contre un système traditionnel profondément sexiste, spéciste et oppressif dont des gens prennent parti !

L’antispécisme est un mouvement non violent, qui ne recherche que la paix et la fin de mort.e.s inutil.e.s. !

Je ne peux m’empêcher de faire une analogie du combat antispéciste avec ceux qui à l’heure actuelle pensent encore que la terre est plate (oui, ces gens existent !).

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« Je remets tout en cause, pour ne prendre au final que ce qui m’arrange pour étayer ma pensée, je skip tout le reste, car à moi, de toute façon, on ne me la fait pas ! »

C’est un peu le schéma qu’emprunte la majorité des gens qui consomment quotidiennement des produits issus de l’exploitation des animaux. Attention, encore une fois, je ne traite personne ici de débiles profond.e.s sans capacité de discernement.

C’est uniquement à cause du confort causée par une pensée, majoritaire et profondément ancrée, par tradition, par l’éducation et le marketing, dans la société, que les gens ne vont pas chercher à faire leur auto-critique, de la même manière que les platistes occultent la totalité des arguments contraires à leur théorie, pour ne garder que ceux qui les arrangent bien.

Là où les partisans d’une terre plate (0.0001% de la population mondiale) et les spécistes (99.9999% de la population mondiale) sont semblables, c’est dans leur certitude d’avoir raison, et de fonctionner avec des œillères !

On ne peut pas contrer cet argument en le mettant sur le dos des antispécistes, car nous avons admis que l’exploitation animale est illogique, cruelle, et surtout dispensable !

Ces deux catégories considèrent un modèle entier complet et complexe comme véritable et bon, alors qu’il n’en n’est rien. Pour les platistes comme pour les spécistes, c’est bien souvent l’ignorance, mais aussi le rejet inconscient d’une pensée dissonante, car pour les deux groupes : admettre que la terre est bien ronde, et admettre que les animaux ont un droit à vivre, cela revient à reconnaitre de ne pas avoir raison.

Et ne pas avoir raison, personne n’aime. Alors on se cache, on vit dans le déni, on ferme les yeux, on n’y pense pas, on minimise, et quand on a plus le choix, on insulte, on se bat et on vocifère que ce sont les autres qui sont fous !

Le problème, pour les platistes, comme pour les spécistes, c’est que la totalité de leurs arguments ne valent pas un clou, pas un broc de bon sens !

Pour les tenants de la Terre plate, à la rigueur, on s’en fiche, ils sont huit, et hormis des vidéos sur YouTube de très mauvaises qualité, ils ne font pas trop de mal à autrui (je suis sûr d’ailleurs qu’il doit exister un.e végane platiste et cela me fait sourire en écrivant ces lignes).

Mais pour le quidam consommant des produits animaux, le problème est que l’acte d’achat d’un steak n’est que la résultante d’une somme d’actes tous néfastes pour les animaux, qui sont des individus qui n’ont RIEN demandé.

Le quidam spéciste a tort, non pas car il est mauvais par essence, mais parce qu’il utilise par automatisme des mauvais arguments pour justifier ces actes d’achats responsables, quotidiens et répétés, …c’est tout, c’est dommage, mais c’est comme ça !

En conclusion, je terminerai simplement :

Le monde ne changera pas seul. Il n’appartient qu’à soi même de le faire changer

Sources et Références :

Les amoureux de la terre plate (site actuellement hacké) : https://theflatearthsociety.org/home/

Consommation de viande en France : https://www.ldc.fr/rubrique/medias/actualites-du-groupe/

 

 

 

Un commentaire sur “Terre plate et désidératas spécistes : avoir tort, ce n’est pas grave !

  1. Très bon article ! Cela méritait d’être dit. Permettez-moi de relever juste une erreur « C’est un peu le schéma qu’emprunte », et non « empreinte ». Merci pour votre article qui remettra sans doute quelques ego en place !

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