Le Véganisme, frein interne de l’Antispécisme ? Récit de ma Nuit Debout.

Si jamais : Au risque de me répéter, personne n’est jamais un parangon de vertu. Il est important, comme il n’y a pas de stratégie commune, solidaire et partagée unilatéralement par tous les antispécistes, de pouvoir pointer les limites, les biais par lequel notre mouvement antispéciste transite.

Ça y est, je crois que je peux le dire, depuis l’évènement de la Nuit Debout, après les nombreuses heures de lectures que je me suis mangé, et les nombreuses heures à faire ce texte, je crois pouvoir dire que je ne suis plus végane, …je suis devenu antispéciste.

Je n’ai rien « découvert » ou « inventé » pendant la rédaction de cet article, je n’ai pas la prétention de réinventer la roue ici. C’est juste une sorte de témoignage, de récit, une manière de remercier aussi les gens qui participent quotidiennement à remettre en cause mes grilles de lectures et d’apporter une brique à la manière dont je vois le monde. J’aimerai profiter de ce paragraphe pour chaudement remercier du fond du cœur Armelle, Anne-So, Malena et Elisa (et tellement d’autres…), car sans leur vision aiguisée du monde et leur sens du partage, je n’en serais pas là. Ma vision de l’antispécisme est encore en constante évolution, et je prend ce processus d’écriture comme une « screenshot » de mon ressenti à cet instant T. C’est en tout cas le 1er article que j’écris ici plus avec mes tripes qu’avec mon « fact-checking » rationnel habituel.

Alors, Nuit debout c’était quoi ?

Il m’aura fallu plusieurs semaines ne serait-ce que pour pouvoir entamer l’écriture de ce texte, et pour mettre à l’écrit cette nuit qui a changé, au minimum ma perception du militantisme, au maximum, ma vie.

J’ai reçu durant l’été une invitation à participer à cette fameuse Nuit Debout, devant les abattoirs, seconde année consécutive à ma connaissance en Suisse. Au départ, je n’ai prêté aucune attention à cette petite notification sur Facebook, perdue parmi le tumulte estival, rempli normalement de mojitos, de fêtes et de concerts. Ce sont deux amies qui m’en ont reparlé par la suite, mais dans un premier temps, j’y suis resté relativement de marbre.

Cet événement est initié par le mouvement 269Life Libération Animale.

De manière général, ce mouvement est surtout développé en France, et, à la limite des lois, revendique plusieurs actes de désobéissances civiles, des blocages d’abattoirs, et la prise de nombreux animaux dans la file d’attente pour l’abattage en vue d’un hébergement dans des sanctuaires.

Avant la nuit debout, tout ce que je connaissais et pensais savoir de l’antenne Suisse de 269Life Libération Animale, c’était son incursion dans un McDonald’s de la ville de Lausanne. Cet acte militant avait été filmé alors par la RTS (Radio Télévision Suisse), dans un reportage les faisant tout de même passer pour des doux dingues de l’antispécisme. (lien vers le reportage : Ici !)

A l’issu de ce reportage, me serais-je épris d’un « mais qu’est-ce qu’ils foutent, on va tous passer pour des trous du cul, c’est contreproductif ! », cela est fort possible ! Là aussi avec mes proches, je disais « oui, mais je ne suis pas comme ça, ces gens doivent être huit à tout péter, et font passer tous les véganes pour des timbrés !! »

Enfin bref, je les considérais comme des dingues !

…Et il y a eu cette Nuit Debout.

Jusqu’au milieu de l’après midi, j’ai pensé ne pas y aller, et puis, sur un coup de tête, j’ai pris ma décision. J’ai pris le train, armé de thermos et de mes vêtements les plus chauds. J’ai rejoins les militants très tard en soirée devant l’abattoir de Clarens (Canton de Vaud), et j’y ai passé toute la nuit, jusqu’au petit matin.

Durant le trajet aller, était en moi ce sentiment de curiosité, un peu de peur aussi. Peur de ce que j’allais y voir et de ce que j’allais vivre. Mais surtout, je ressentais le sentiment que je devais y aller, comme une sorte de devoir, ou comme une espèce de « moindre des choses », envers les souffrances endurées par tous les animaux.

Une fois sur place, minuit passé, nous étions une cinquantaine de participant.e.s.

Sur place, l’ambiance était au recueillement, et dans le plus grand des calmes. Nous discutions de tout et de rien, et j’y ai rencontré des gens fabuleux, j’ai d’ailleurs passé une partie de la nuit à côté de l’auteure Virginia Markus ou même de Tonton Pierrick, sans trop savoir qui elle et il étaient à ce moment là (et encore milles mercis pour le trajet du retour !).

Toute les heures, nous cessions de parler, nous nous mettions tou.te.s groupé.e.s en ligne, et durant quelques minutes, nous nous sommes plongé.e.s dans le plus grand des silences. Un silence suivit parfois de prises de paroles, de gens qui souhaitaient partager leur vécu, donner leurs impressions, réciter un texte ou des mantras, bref, c’était libre.

Pour être honnête, l’athée que je suis à eu un peu de mal à rentrer au départ dans ce processus de recueillement, je ne pouvais pas dans un premier temps m’empêcher de mettre ces instants dans la même logique grégaire que des prières. Mais j’ai très vite compris et intégré que tout cela était profondément détaché de tout ça.

Nous étions là contre un système, et pour changer la donne du paradigme spéciste, pas pour une croyance ou une je-ne-sais quelle énergie spirituelle. Nous étions là pour nous dresser, ne serait-ce que quelques heures durant, devant un bâtiment qui chaque jour tue, dans le respect de la loi, des individu.e.s qui n’ont rien demandé ou fait pour y être.

Juste parce que ces êtres vivants n’étaient pas nés dans la bonne boite biologique que l’on nomme « espèces », quelques heures après notre départ, leurs vies allaient prendre fin.

Durant toute notre présence, il ne s’est rien passé de violent à l’extérieur, pas de camions remplis d’animaux, pas d’employés des abattoirs insultants, personne qui viendrait troller cet évènement, aucune violence de la part des militants.  Les quelques regards croisés avec les employé.e.s qui venaient tôt le matin furent fugaces et distants, certain.e.s employé.e.s sont rentrés têtes baissées.

Là où nous étions, ce n’était pas devant l’entrée exacte de l’abattoir, mais plutôt vers les quais de chargements, où les camions allaient sortir, pleins de carcasses, de cadavres, mis en barquette, conditionnées et prêtes à être vendues.

Il nous a clairement semblé entendre au petit matin des coups et des cris, mais rien de tout cela ne peut être clairement rattaché à l’abattoir et à ses activités. Toujours est-il que, rattachés ou pas à cet endroit, ces cris dans la nuit résonnent encore dans ma tête.

Dans tous les cas, pour la première fois, j’ai pu vivre cet évènement de cette ampleur avec mon cœur plus qu’avec mon cerveau. Si avant j’étais végane avec mon tête, car cela revenait à de la logique pure, je suis maintenant antispéciste, et en mettant aussi en fonctionnement mon cœur, mon empathie et ma compassion.

Pourtant, des images d’abattoirs, de meurtre, j’en ai vu, plein ! Mais pour la première fois, je connectais ces vidéos avec un lieu, un endroit, physique, en 3 dimensions, devant moi. En me disant « tout ça, c’est juste derrière ce mur, c’est juste là, et on ne peut rien faire ».

Cela à généré comme jamais auparavant un mélange encore aujourd’hui difficilement discernable de tristesse et d’énervement, de révolte mais aussi d’abattement.

Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts comme on dit, et de cet évènement, j’en retire aujourd’hui le besoin d’en faire plus. Pas pour nourrir mon égo ou ma soif d’aventure, mais cet évènement a allumé en moi cette flamme qui veut plus de justice et d’égalité. Non comme un simple gauchiste primaire, je veux plus, et je crois profondément que cette flamme ne s’éteindra pas de si tôt.

Ces milliers de milliards d’être vivants sont tués chaque année, sans aucune raison valable, par cette société spéciste, ancrée dans le mensonge, dans des traditions oppressives institutionnalisées, et dans cette mondialisation mortifère.

Aujourd’hui, je pense avoir compris qu’il faut voir le véganisme comme le mode de vie résultant de l’antispécisme, et ne pas concevoir le véganisme comme but achevé. Le véganisme n’est que la traduction d’un mode de consommation, et ne constitue pas une posture philosophique et politique qui me définie à l’heure actuelle avec le plus de pertinence.

Le véganisme est avant tout la manière dont nous choisissons de consommer au quotidien, dont nous dépensons notre argent, vers qui nous nous souhaitons le dépenser. Dans cette vision, le véganisme est uniquement l’aspect consumériste de l’antispécisme.

Aujourd’hui, avec le recul, j’ai pu identifier ce frein majeur à l’antispécisme, qui est malheureusement contenu dans et propagé par le véganisme. Je ne suis pas le premier à le dire, mais force est de constater que malheureusement, le véganisme peut conduire à invisibiliser les victimes du spécisme.

Lorsque l’on remplit son panier de courses de produits véganes, il est difficile de faire systématiquement la connexion avec ce qu’il se passe en permanence derrières ces murs et ces portes d’abattoirs.

Dans tous les cas, ce soir, le mois végane se termine. Mais, demain débutera le 3e procès contre les coprésidents de 269LIFE Libération Animale.

…Alors je me dis que le combat ne fait véritablement que commencer.

Nous pouvons être en désaccord avec les actions directes de ce mouvement ou non, mais leur posture est nécessaire et urgente pour l’établissement d’une stratégie à long terme pour la fin du spécisme. C’est une étape par laquelle notre mouvement doit passer pour que nos idées puissent un jour rentrer dans des textes de lois, des textes de lois qui interdiront la viande, et l’exploitation des animaux non humain.e.s.

Les militant.e.s de 269Life sont radicaux ? Oui !

Les militant.e.s de 269Life sont extrêmes ? Non.

L’extrémisme est ancré dans notre société. C’est notre modèle de société qu’il faut revoir. C’est ce modèle de société qui veut continuer, parce que cela a toujours été le cas, à tuer, à exploiter, à opprimer.

… La violence est là où sont tenus les couteaux, pas chez ceux qui veulent stopper les gorges d’être tranchées !

We see you

We love you

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Références, et pour aller plus loin :

Le site de 269Life Libération Animale, qui porte des réflexions sur l’antispécisme, la non violence et la désobéissance civile

http://269liberationanimale.fr/fr/troisieme-proces-co-presidents-de-269-liberation-animale-vendredi-01-12-17-tgi-de-macon/#more-1610

Je ne peux pas m’empêcher de vous partager le livre évènement de cette fin d’année. Ce livre constitue un véritable boulet de canon envers une institution en Suisse : l’industrie laitière. Mais l’auteure n’y dresse pas qu’un simple bilan négatif et à charge contre l’industrie. Elle y dresse aussi de la compassion envers les humain.e.s qui souffrent aussi de ce système, et appelle la société civile à changer ….A lire de toute urgence.

https://www.virginiamarkus.com/

Crédits photos : Stéphane Roessinger (via la page facebook de 269Life Libération Animale – Suisse)

 

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