l’Antispécisme, Vol.2 : Car « Je n’exploite les animaux qu’à 66.6% (et juste le mardi quand c’est bio et sans gluten) », n’a jamais été possible

C’est plutôt ballot pour un site comme celui-ci qui s’appelle bien l’Observatoire de la Véganie… Que voulez-vous, personne n’est parfait !

Il m’arrive encore par mauvaise habitude d’employer des termes rattachés au véganisme. Je tiens encore une fois à préciser que cet article ne fait que présenter une « capture instantanée » de ma vision de l’antispécisme et de la militance, via mes lectures. Je ne prétend pas poser des jalons d’une pensée nouvelle, j’enfonce ici des portes qui pour beaucoup de gens sont déjà ouvertes.

Je tente de présenter ici une version vulgarisée et résumée de ma grille de lecture actuelle, pour que les gens (ici principalement, des spécistes, des végétariens, et des « presque pas encore » antispécistes) en arrivent à la même conclusion, à savoir :

L’antispécisme (et par extension l’ouverture de toutes les cages) est un impératif moral et urgent.

Le précédent article parlant du Véganisme comme un frein à l’antispécisme (lien ICI) à suscité beaucoup de réactions positives (youpi), mais aussi quelques réactions sceptiques. On va donc ici revenir plus en détail, car j’en conviens le propos était peu développé sur pourquoi -selon moi- le Véganisme présente un frein à la volonté d’accorder véritablement des droits aux animaux non humain.e.s.

Il y a donc deux buts dans cet article :

-Montrer que pour la libération animale, l’emploi de la terminologie autour de l’antispécisme est plus pertinente et aussi plus efficace que celle du véganisme.

Je vais essayer de résumer mon propos :

-Le véganisme décrit uniquement un mode de consommation. Il décrit une action d’achat comme étant végane ou non, et peut-être utilisé par tout le monde, et comme tout le monde peut acheter des choses « véganes » cela peut-être déclinable à l’infini.

-L’antispécisme (une belle définition en bas en page) est une posture, morale, éthique, elle est donc philosophique et politique. Elle présente l’avantage de ne pas être déclinable à l’infini et possède donc l’avantage d’être simple car binaire : On est antispéciste ou on est spéciste.

Une action qualifiable de « végane » peut être utilisée par une personne spéciste. Prenons par exemple notre ami Juhan-Stéphrine* : « J’ai mangé végane hier midi, c’est super bon votre bouffe en faite ! ». La personne pourra tout à fait continuer de consommer des produits non-véganes, le focus ayant été mis sur des produits achetés et consommés plutôt que sur la réalité de l’exploitation des animaux.

L’hypothèse posée et discutée ci-après est la suivante : si on parle de véganisme uniquement comme vecteur de simples recettes de cuisine et des « tips » cosmétiques, on occulte malheureusement à chaque fois le destin des animaux dans les abattoirs, et donc on invisibilise les victimes de l’oppression liée au spécisme, ainsi on peut participer sans le vouloir à retarder le jour ou la libération animale sera effective.

I. On ne peut pas être Antispéciste à seulement 66.6%

J’aimerai revenir sur le gros avantage de l’antispécisme à contrario du véganisme :

C’est une notion binaire ! Si tu es antispéciste, tu as nécessairement adopté un mode de vie végane, c’est une question de définition. Mais à l’instar de dire qu’un carré est un quadrilatère mais qu’un quadrilatère n’est pas forcément un carré, tu peux revendiquer agir par des actions véganes tout en restant spéciste !

Une autre manière de voir le problème est de regarder où se trouve la mobilisation citoyenne de manière générale.

Que se passe t’il en terme de consommation ces dernières années ?

Le nombre de produits véganes a littéralement explosé …. mais le nombre de meurtres d’animaux a aussi augmenté !

Il existe effectivement aujourd’hui un attrait particulièrement grandissant de la population pour une foultitude de produits absent il y a encore 2 ans des rayons des magasins. Il existe même d’ailleurs des produits végétariens fabriqués par des grandes marques spécistes (Herta, Aoste, je vous fais un coucou en passant)

Comment expliquer le phénomène ? Herta et Aoste on-t-il créées ces produits par soucis éthique ? … Je me permet d’imaginer que ce n’est pas le cas, c’est uniquement car il existe cette opportunité d’y gagner de l’argent.

Cependant, le nombre d’animaux tués est lui aussi en augmentation ! Si l’on regarde la consommation d’animaux au kilo par habitants achetées en supermarché dans nos régions, celle-ci stagne, voir baisse. Mais regardons-y de plus près.

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Évolution entre 2011 et 2017  du tonnage commercialisé par le groupe LDC, leader européen du meurtre de poule détenant entre autre des marques comme Le Gaulois, Marie, Loué, Maitre Coq (et tant d’autres…)

Que se passe-t-il ? La nombre de « gros » animaux tués est en baisse (Vaches et Cochons), mais la consommation de « plus petits » animaux comme des espèces de petits poissons et des poules explose.

…Triste constat, comme si nous devions encore une fois marteler, et crier que le droit à la vie d’une poule est l’égal à celle d’une vache, et l’égal du notre.

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Lorsque l’on regarde aussi où se portent les intérêts des citoyens, la chose est assez nette : Beaucoup beaucoup de gens vont à des « Veggie World » pour y tester la dernière version du faux chorizo enrobé de fauxmage, mais presque personne n’ira à une manifestation antispéciste qui aura lieu dans la même ville, le même jour, à quelques stations de métro de distance.

Alors, comme à chaque fois, je n’ai pas de solution toute faite.

Est-ce que par leur existence, des artisans créant leur marque végane sont par essence un acte militant ? Je n’en sais rien, il sont dans tous les cas un symbole représentatif d’une petite partie de la population qui veut que « cela change » et que des alternatives au spécisme existent. Et tous les antispécistes se réjouissent aussi de voir fleurir partout des étales et des enseignes proposant des produits sans exploitation animale …du moment qu’elles remplacent des enseignes spécistes.

Mais si l’on revient à l’antispécisme, celui-ci présente fatalement l’avantage d’être non consumériste (et donc non rattaché au capitalisme) ce que le véganisme est par définition.

Devons-nous nous réjouir que McDonald’s propose un burger Vegan en Suède et en Finlande ? Évidemment oui, mais soutenons-nous pour autant la multinationale mortifère qu’est McDonald’s ? Je crois que cette question n’a même pas besoin de réponse.

Devons-nous nous réjouir que la première Crèmerie Végane ai vu le jour le 30 Décembre 2017 à Genève ? Évidemment oui, mais soutenons-nous cet artisanat local, éthique et équitable ?

…Je crois que cette question n’a pas besoin de réponse non plus…

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Le McVegan a fait son entrée définitive dans les menus de tous les McDonald’s de Finlande et de Suède en Décembre 2017

II. L’antispécisme recentre le débat sur l’éthique et la justice

Et je pense que c’est un point important, même le plus important de tous !

En effet, quand on parle des « avantages » du Véganisme, il y a souvent l’invocation du trio gagnant des fameux « for the » du véganisme : Les Animaux, la Santé et l’Environnement :

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En effet, les bénéfices à la santé sont désormais bien documentés et de même que les conséquences d’une alimentation carnée sont parfaitement bien connues par n’importe quel végéto-sensible !

Mais il y a un hic : Il est fort probable que Juhan-Stéphrine peut tuer et manger un hérisson une fois par an, lui-même, dans la forêt a côté de chez lui, sans porter 1) un dommage significatif à sa santé sur le long terme, 2) de dommage significatif à l’environnement.

Pourtant, Juhan-Stéphrine a ôté la vie à un hérisson, une fois par année.

En gros, ici, les deux piliers (environnemental et sanitaire) viennent de s’effondrer si l’on souhaitait faire comprendre à notre cher ami que ce n’était pas justifiable de tuer un hérisson lorsqu’il n’en a pas de nécessité, seul le critère de l’éthique et de la morale rentre en ligne de compte et reste pertinent, c’est à dire argumenter via le point de vue de l’antispécisme.

Pour finir :

Pour terminer j’aimerai quand même poser le faite que la réalité que l’antispécisme soit binaire (« tu l’es ou tu ne l’es pas ») ne doit pas avoir pour conséquence de créer un « club de la vertu » ou, si tu es dedans, tu es top swag de la vie.

C’est simplement une question de définition, et ça doit s’arrêter là.

De la même manière que tu peux être raciste ou non raciste. Une position intermédiaire n’a véritablement aucun sens, tu ne peux pas logiquement être raciste seulement le mardi, ou seulement à « moitié ». Cela ne veut rien dire.

De la même manière, cela permet de sortir de la logique consumériste :

Si l’on revient à Juhan-Stéphrine qui t’as tenu la jambe avec son chili sin carne d’un food truck top swag en centre ville, il n’aurait jamais pu dire « Eh, J’ai mangé antispéciste vendredi dernier ».

En même temps, l’usage du terme antispéciste, dans un monde consumériste, pose un acte d’achat comme un acte militant, et donc in fine politique.

Et c’est là la grande force de l’emploi de la terminologie antispéciste, c’est qu’elle simplifie les dialogues et les échanges, permet de contourner les questions écologiques et de santé sans les occulter, et permet d’être super efficace dans un débat en mettant en avant le sort réservé aux animaux dans les abattoirs : la mort.

Donc si vous m’avez bien suivi, et la conclusion sera brève car j’espère en avoir fait bonne démonstration : Préférons désormais l’utilisation au quotidien du terme « Antispéciste » plutôt que « Végane ».

*Je souhaite vraiment que personne ne s’appelle comme cela.

Sources, Références et aussi pour aller plus loin :

-Magnifique conférence d’Yves Bonnardel, donnée dans le cadre de la Journée Mondiale pour la Fin du Spécisme, en Septembre 2017 à Genève

-Définition et développement de la notion de Spécisme, développée par François Jaquet, Chercheur Post-doc à l’Université de Genève :

http://encyclo-philo.fr/specisme-a/

-Lien vers les deux évènements cités (VeggieWorld et Marche Funèbre) :

https://www.facebook.com/events/1810932185866081/

https://www.facebook.com/events/1481666601867925/

-Chiffres clés du groupes LDC, et accès aux rapports annuels :

https://www.ldc.fr/rubrique/finance/chiffres-cles/

Crédit photo à la une :

https://www.pinterest.ch/pin/359513982739261672/

Et pour finir, un peu de pub (je n’ai pas été payé, promis, juré !) pour la Crèmerie Végane, allons-y les yeux fermés !!

https://www.facebook.com/CremerieVegane/

Un commentaire sur “l’Antispécisme, Vol.2 : Car « Je n’exploite les animaux qu’à 66.6% (et juste le mardi quand c’est bio et sans gluten) », n’a jamais été possible

  1. Je ne suis absolument pas d’accord de dire que l’on est nécessairement végane si on est antispéciste.

    Une personne peut être antispeciste mais pas végane à cause de la pression sociale, parce qu’elle vit dans un pays moins développé qui dépend de l’elevage pour sa survie, parce qu’elle fait une enquête en abattoir et mange de la viande pour passer inaperçue, parce qu’elle ne se nourrir que d’animaux morts de vieillesse, etc.

    On peut être pour une idée mais avoir de la peine à l’appliquer.
    Tout comme je peux être contre l’esclavage et quand-même avoir un smartphone qui a vraisemblablement requis du travail forcé.

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