L’Antispécisme, Vol.3 : Les Antispécistes, ces vilains moralisateurs !

« …70 Millions par an, c’est assez ou y a encore d’la marge ? »

J’entends souvent dire des antispécistes et plus largement des véganes qu’ils et elles sont des méchant.e.s moralisat.rice.eur.s ne sachant que culpabiliser les gens et qui se complaisent et aiment à se prétendre au-dessus des autres, tels des êtres supérieur.e.s ayant un accès V.I.P à un paradis rempli de fromage végétal et de tofu fumé (bon franchement si ça existe, c’est stylé) !

Alors, de base, je ne suis pas issu des domaines d’études comme le droit ou la philosophie morale, bien des personnes sont plus calées que moi en la matière. Dans le complet désordre et pour faire une minute de name dropping, allez regarder les travaux d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier, Catherine Hélayel, François Jaquet, Enrique Utria, Valéry Giroux, Renan Larue, David Olivier, Martin Gibert, David Chauvet, Gary Francione et teeeellement d’autres. La grille de lecture est impressionnante, les heures de conférences se comptent en centaines et pratiquement tout est accessible de manière gratuite et illimitée.

I. L’incroyable combo [Logique + Morale + Droit] :

On peut se demander pourquoi il est incroyable d’argumenter sur le pourquoi et sur le comment que buter un animal sans nécessité, ce n’est pas bien. Mais étant donné que les antispécistes doivent constituer moins d’un ou deux pourcent de la population mondiale et devant la foule d’arguments bidons, fallacieux et pétés, le sujet doit être traité avec sérieux et en profondeur.

rosa-comment-je-suis-devenue-vege
Insolente Veggie, blog de L214

Personnellement, j’ai longtemps minimisé la chose en répondant que non, les antispécistes ne devaient pas agir comme des moralisateurs, et jamais Ô grand jamais apparaître comme des personnes tentant de convertir par la force des arguments et du swag les gens à l’antispécisme.

Mais force est d’admettre que je me suis peut-être trompé, et que oui, si on est antispéciste et si on tient un discours ferme et radical vers l’abolition de toute forme d’exploitation des animaux non humains, en ce sens, envers nos proches, nos amis, notre famille, on agit effectivement comme des personnes moralisatrices, mais que cela ne doit pas pour autant être connoté négativement.

Pour étayer mon propos dans ce nouvel article, il semble important de poser tout ça dans des questions de recherche simples :

  • Est-ce que oui ou non les Antispécistes ont plus raison que les Spécistes ?
  • Et, grande nouveauté dans ce Volume 3 et ceux à venir : Est-ce bien nécessaire d’avoir une réponse claire à la question précédente pour avoir les moyens de se positionner ?

Il est compliqué de répondre à une question logique (qui traite du vrai ou du faux) sur des sujets qui touchent à la morale (qui traite du bien ou du mal) et au droit (qui touche au juste ou à l’injuste).

Tentons donc de synthétiser encore les trois questions du dessus de la sorte :

Pour que l’antispécisme soit plus cohérent, plus pertinent et donc, donne raison aux antispécistes, il faut qu’il soit vecteur de valeurs dans les faits égales ou plus justes et/ou bénéfiques que celles proposées par le spécisme.

Vulgarisons ça comme une porte logique binaire, et donc à l’assertion :

« L’antispécisme pose un ensemble de valeurs préférables à celles du spécisme. »

On a donc deux choix, et on ne peut répondre que par :

VRAI, si dans les faits il est plus « bon » et plus « juste » (avec la possibilité qu’il soit autant bon ou autant juste) que le spécisme.

Ou alors par :

FAUX, si dans les faits il est moins « bon » et moins « juste » (toujours avec la possibilité qu’il soit autant bon ou autant juste) que le spécisme.

Tout cela a déjà été abordé dans de précédents articles et surtout par de très nombreux auteurs, mais je vais ici revenir sur le fait que les quatre grands courants de la philosophie morale (le contractualisme, le déontologisme, l’utilitarisme et la théorie de la vertu) convergent tous vers l’antispécisme concernant notre coexistence entre animaux humains et non humains.

Que ce soit à des fins de minimiser le plus possible la souffrance, de tendre vers un idéal ou même de tenter l’établissement de contrats moraux entre humains et animaux non humains, l’antispécisme est meilleur pour le sort des animaux non humains et non préjudiciable pour les humains (une sorte de gros win/win imparable).

Les animaux non humains ne sont pas des agents moraux mais des patients moraux (cf citation ci dessous, issu du livre Éthique Animale, par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer).

« L’agent moral est celui dont les actions peuvent être évaluées en termes de bien et de mal, caractérisées de bonnes ou mauvaises. Le patient moral est celui dont les actions qu’il subit de la part d’un agent moral peuvent également être sujettes à une évaluation morale et caractérisées de bonnes ou mauvaises. »

La majeure partie des individus des espèces animales sont des êtres sentients (c’est-à-dire des êtres sensibles, capables de ressentir des émotions avec subjectivité, comme la joie, la douleur, la tristesse et l’empathie). Ainsi, il apparait comme bon de leur accorder par définition les mêmes droits, lorsqu’ils partagent les mêmes intérêts que nous humain.e.s.

Cela ne revient pas à dire que l’antispécisme souhaite donner la possibilité à un cochon d’Inde d’avoir le droit de vote, ou encore filer un permis de conduire à un chien, car ceux-ci n’en auraient guère d’intérêts. Mais l’antispécisme consiste à lutter pour leur accorder et respecter leurs droits à vivre, en refusant de les exploiter et de les tuer, car ils possèdent ce même intérêt à vivre, comme tout être sentient.

Petit exercice de logique :

Prenons un individu « 1 » d’une espèce notée A et un individu « 2 » d’une espèce notée B.

L’individu 1 est tué par l’être humain, sans nécessité de sa part. L’individu 2 quant à lui est considéré comme un être à part entière et est choyé et chéri.

S’il était établi que la sensibilité et la sentience de l’espèce B étaient inférieures ou égales à celles de l’espèce A, il apparait alors comme injuste et incohérent de câliner l’individu 2 et de tuer l’individu 1. Donc pour être cohérent, les deux devraient êtres tués, ou sauvés, mais en aucun cas une posture intermédiaire ne semblerait être cohérente. Il va sans dire que cette position intermédiaire est ni plus ni moins que le spécisme, et elle est bien mise en place partout dans le monde actuellement, avec en conséquence plusieurs milliers de milliards d’êtres sensibles innocents tués par années.

Donc d’un point de vu rationnel : si tuer l’individu 2 est mal, alors tuer l’individu 1 l’est aussi, car la sentience de l’individu 1 est supérieure ou égale à l’individu 2. La solution (celle de considérer les intérêts à vivre des deux individus, et non leur mort) défendue est donc celle proposée par l’antispécisme, et a le mérite d’être effectivement beaucoup plus cohérente.

Ainsi, l’intérêt à vivre d’un cochon ne saurait être différent du droit à vivre d’un chien ou d’un saumon, ainsi, par extension, le même droit à vivre doit leur être accordé. Sur ce point donc, l’antispécisme est plus pertinent et cohérent que le spécisme, puisque ce dernier fait la discrimination de ce droit à vivre sur la base de l’appartenance à l’espèce.

Il arrive souvent que l’argument d’avoir le droit de manger ce que l’on veut relève de la liberté propre à chacun, et que libre aux véganes de manger du houmous, libre aux autres de manger de la viande, du fromage ou des œufs. Si nous examinons cet argument avec sérénité, nous nous rendons bien compte que le droit d’avoir le droit de manger quelqu’un (toujours avec l’absence de nécessité) est inférieur au droit à vivre de ce quelqu’un, puisque le manger revient à le tuer. Je profite de ce paragraphe pour faire un petit aparté et encourager les gens qui douteraient de cet argument de regarder le documentaire incroyable de la Boucherie Éthique qui traite de cette question : En gros, tu peux manger n’importe quoi, ça te regarde, mais pas n’importe qui !

Pour avancer dans ce long billet, on peut tenter de répondre VRAI à la question principale posée plus haut.

Mais au combien la clarté de ce constat pourrait varier, l’urgence et la nécessité sont aussi à prendre en compte sur le fait que les antispécistes veulent à tout prix que le statut des animaux bouge.130314062614378068

II. De la prétention d’avoir raison :

« Mais quelle prétention ! Pour qui vous prenez-vous, bande de mangeurs de salade, pour juger 2500 ans d’histoire et pour considérer la majorité de la population comme des imbéciles ? »

…Oh qu’on l’entend celle-là, déclinée et déclinable à l‘infini de l’au-delà. Pourtant, qu’est ce que l’antispécisme apparait comme nécessaire et surtout urgent ! C’est là que vient l’aspect de vilain.e.s moralisat.rice.eur.s que l’on prend lorsque l’on répond aux questions des gens à propos de l’exploitation animale.

En Sciences, lorsque l’on souhaite proposer une théorie, une nouvelle connaissance, un nouveau moyen d’expliquer le monde, on établit des hypothèses, et on les teste. On les tord, on les malmène, on les torture, on veut les tuer. Et c’est uniquement lorsque nous pensons ne pas pouvoir les faire souffrir un peu plus que nous considérons ces hypothèses comme potentiellement valables.

A l’heure actuelle, non seulement l’antispécisme est à l’épreuve des balles, a fait ses preuves, et surtout, a complètement dézingué les arguments spécistes un par un, tous basés sur des arguments fallacieux (comme l’appel à la nature, ou à la tradition).

En réponse et pour se défendre, le spécisme tente d’attaquer « un homme de paille » autrement dit l’idée fausse qu’on peut se faire de l’antispécisme, et qui va être la cible de toutes les attaques argumentatives.

Donc nous avons un consensus scientifique sur l’absurdité actuelle du spécisme, et nous sommes confronté.e.s au terrible poids que possède les morales personnelles de chaque personne, et comme chacun.e est certain.e d’être dans le juste, chacun.e est persuadé.e de faire au mieux sur le sujet de l’exploitation animale.

Qu’en est-il de la parcimonie et de la modération des gens dans la pertinence à accorder au spécisme ?

En 2006 en Suisse ont été tués plus de 41 Millions d’animaux terrestres. (Pro-Viande, 2015)

A chaque fois que les sujets de la zoophagie et de l’exploitation animale sont abordés (et dans 90% jamais de la part des antispécistes), on entendra systématiquement les mêmes arguments de modérations comme « Oui mais moi avec ma femme on a vraiment réduit notre consommation de viande » doublé d’un « Nan mais moi je suis semi-végétarien », ou encore « De toute manière on mange trop de viande, il faut manger mieux ».

Et en 2015, toujours en Suisse, quid de la valeur à accorder à cette modération ?

…70 millions d’animaux tués.

27972938_10215852347084947_8828231914430663330_n
Quand les opinions et impressions se confrontent aux faits (Source en bas de page)

En 10 ans, en Suisse, nous avons pratiquement doublé le nombre des victimes, et cela ne comprend que les animaux terrestres tués à l’intérieur du territoire, cela représente une proportion plus ou moins constante vis à vis des importations (cf part indigène de la consommation), et ne compte pas les poissons et autres animaux marins.

Pas besoin de commenter cet affreux tableau sans dire que cette tendance à la hausse est terrifiante, et va à l’encontre du bon sens comme il a été discuté dans le calme feutré des discussions philosophiques théoriques.

rosa-3-millions-ou-2-millions
Insolente Veggie, blog L214

Alors, pour conclure, que déduire de tout cela ?

Et bien, que les animaux non humains dans les bouveries et dans les couloirs de la mort et les antispécistes se fichent pas mal de la modération de Jean-Patrice qui assure manger moins de viande qu’avant. Les faits (et non des opinions et des avis) sur la souffrance et la subjectivité des animaux sont là, les bénéfices du mode de vie végane sur les animaux, l’environnement et la santé aussi, et pourtant, le nombre de victimes augmente !

Alors oui, les antispécistes sont et seront les seules voix sur lesquelles les animaux pourront compter pour décrire, écrire et dire cette horreur. Le mouvement antispéciste continuera toujours plus fort à hurler et à défendre ces innocents qu’on a fait naitre par milliards juste pour avoir la gorge tranchée et avoir 5 minutes de plaisir dans son assiette.

Ce mouvement continuera d’être radical et le plus abolitionniste possible, j’en ai bien peur, car la compassion et l’empathie de l’être humain ne peut plus s’arrêter au bord de l’assiette, plus maintenant, nous n’avons plus d’excuse !

Évidemment que les frontières de la morale et de la justice ont toujours été floues, ce n’est pas pour rien que ce sont des champs d’études à part entière, sur lesquels des gens dédient leur vie, mais que retirer de la manière dont l’humanité fonctionne actuellement ?

Elle va droit dans le mur, par flemme, avec des œillères et enrobée par le déni.

Alors, même si la solution proposée par l’antispécisme connait quelques flous et quelques champs de recherches à creuser, elle est infiniment plus juste et meilleure que celle qui consiste à considérer la zoophagie et l’exploitation animale comme normale, alors jetons-nous y corps et âme.

Ah et pour terminer, si vous avez supporté la lecture de mes articles jusque là, c’est peut être que vous les avez apprécié (ou alors votre chat est resté bloqué sur la touche bas de votre clavier), alors vraiment un grand merci du fond du cœur.

Sachez que dès maintenant, si vous en avez la possibilité et l’envie, vous pouvez me soutenir et participer activement au projet de l’Observatoire de la Véganie, en faisant un petit don à votre humble serviteur via la plateforme Tipeee !! Tout cela m’aide à payer les quelques frais d’hébergement du site, qui vous permette de naviguer sur l’Observatoire sans pubs. Alors un grand merci à vous tou.te.s !

Sources et pour aller plus loin :

-Les Cahiers Antispécistes, ZE référence :

http://www.cahiers-antispecistes.org/

-Une conférence des Estivales de la Question Animale 2017 :

http://www.question-animale.org/fra/estivales-2017-lois-boullu

-Agent Moral vs Patient Moral :

https://www.cairn.info/ethique-animale–9782130562429-page-19.htm

-Le nombre d’animaux tués en Suisse :

https://www.proviande.ch/fr/services-statistique/statistique/publications/archive.html

-Ah et, courez tou.te.s sur le site d’Insolente Veggie pour ses illustrations et dessins incroyables :

http://www.insolente-veggie.com/

-La Boucherie Ethique, à voir d’urgence !

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s